lundi 20 juin 2011

Notre vie s'écoule dans un monde sans forme s'évanouissant dans l'oubli, un monde crépusculaire, et comme nous sommes souvent incapables de créer une forme, de créer une véritable connaissance, nous prétendons aimer cet état crépusculaire animal et même végétal, parce qu'il représente, après tout, l'enfoncement le moins douloureux dans le non-être, la vie informée qui se dissoudra doucement dans l'absence de forme. N'est-ce pas la même chose que nous exigeons de la musique? N'entendons-nous pas en elle également rien que notre évanouissement, que l'onde répercutée et s'évanouissant au loin? Nous l'entendons et précisément parce que, dans l'écho de ses individualisations et des ses pré-individualisations, nous y entendons le souffle qui passe et s'écoule, nous sentons derrière elle l'action du Tout qu'elle comprend en elle, compréhension totale sans laquelle il n'y aura jamais, en aucun cas, de compréhension individuelle. L'écho du Tout, c'est la musique et voilà précisément la raison pour laquelle elle donne une forme à ce pressentiment ultime et compréhensif de l'invisibilité que l'on appelle la foi ; elle est en soi l'existence mise en forme, le miroir des ordonnaces mystérieuses dans lesquelles vit l'homme et qui, également images reflétées, reflètent elles-mêmes le monde des sons, échange miraculeux réalisé en elle entre l'âme et l'univers. Toutes les formes qui sommeillent dans l'existence de celle de l'âme ou de l'univers, le miracle sonore les éveille et les met en forme. Il les rassemble dans une unité qui reflète celle de l'âme individuelle, si bien que l'homme, par la vertu d'une ultime image reflétée physique et psychique (dans son écoute attentive de la musique ou dans la transe et la danse) devient lui même miroir de la musique, miroir du Tout visible et invisible, miroir de la totalité, ou quand l'homme devient la forme réflétant la forme unifiée d'un univers l'abritant lui, l'homme souvent incapable de créer de nouvelles formes mais que la musique lui permet de pressentir.

Dans le conte norvégien d'Henrik Ibsen, Peer Gynt, le fantasque troublion des fjords rêve de dominer le monde et dans cette quête folle qui l'emmène chez les trolls ou dans un asile de fous en Egypte, c'est la douce voix de la fidèle Solveig restée en Norvège qui est cet écho du Tout, de cette foi en l'homme... Chef d'oeuvre du compositeur Edvard Grieg.



Edvard Grieg : chanson de Solveig (Peer Gynt) par Alaek

Peer Gynt sera donné salle Pleyel en mai 2012... :)

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